Maureen Lasne

Éditions Ouest France

La vie préhistorique de Cro-Magnon /// livre pédagogique pour 8 ans et +

La vie préhistorique de Cro-Magnon-Maureen Lasne-Warzala

Conception de François Warzala et Maureen Lasne, textes de Maureen Lasne, illustrations de François Warzala et Adeline Bech, Éditions Ouest France, 2018

Texte

Le roi et la danse (extrait) /// fiction pour 5 ans et +

Il était une fois un roi fort capricieux.
Un jour, il se réveilla surexcité et fit appeler son conseiller : « Je veux voir la danse ! » s’exclama-t-il.

Le conseiller, pourtant habitué aux lubies du roi, parut surpris mais fit aussitôt venir le célèbre danseur étoile du Bolchoï, afin que celui-ci danse pour le roi.

« Il me fatigue ! Qu’il arrête de gesticuler dans tous les sens ! Je veux voir la danse ! », s’emporta le roi.
« Mais, mon roi, il n’y a pas une danse, il y a des danses… », expliqua le conseiller.

« Je veux voir la danse ! », l’interrompit le roi d’un ton menaçant.
Paniqué, le conseiller fit alors débarquer d’Argentine deux danseurs de tango, d’Espagne une danseuse de flamenco et d’Autriche deux danseurs de valse.

Le roi se mit à hurler : « Quelles chaussures et quelles tenues ridicules ! C’en est trop ! On se moque de moi ! ».

Texte

L'incroyable télécommande (extrait) /// fiction pour 6 ans et +

Texte pour enfants-L'incroyable télécommande-Maureen Lasne

Un jour que j’étais assis sur le canapé, quelque chose me fit mal aux fesses : « aïe ! », m’écriai-je. Une télécommande pleine de boutons colorés apparut entre les coussins. Puisque je n’avais pas le droit de jouer avec celle de la télévision, celle-ci serait la mienne !

Ma maman vidant le lave-vaisselle, j’appuyai discrètement sur l’un des boutons de ma télécommande. Mais, non, rien à faire, le lave-vaisselle ne se remettait pas en marche ! En revanche, quelque chose d’épatant se produisit au moment où j’appuyai sur le bouton bleu : les cheveux de ma maman se dressèrent instantanément sur sa tête !

Ni une ni deux, je gravis l’escalier menant au bureau de mon papa. Il fallait que je sache si ma télécommande marchait aussi sur lui ! La pointant en direction de son dos, j’appuyai sur le bouton bleu, rien.
Je tentai au hasard le bouton jaune : « Atchoum ! », fit mon papa. J’enfonçai alors le bouton du volume en même temps : un énorme « AAAT… CHOUM ! » retentit. C’était génial !

Sur ce, je fonçai dans ma chambre.
Mon hamster me regarda d’un sale œil mais je le rassurai, et appuyai aussitôt sur le bouton orange. Rien !
À l’inverse, le bouton violet lui fit un drôle d’effet : du fond de sa cage, il s’élança dans les airs pour faire d’extraordinaires sauts périlleux, un véritable champion de gymnastique ! Lui qui d’habitude ne pensait qu’à manger et dormir, c’était incroyable !

Je descendis alors dîner, attendant avec impatience que chacun soit à sa place pour pouvoir m’amuser encore un peu…

Texte

Le lion et le mégaphone (extrait) /// fiction pour 5 ans et +

Il était une fois une jungle où les animaux vivaient entassés les uns sur les autres.
Ce n’était pas que la jungle était petite, c’était que le territoire du lion y tenait presque toute la place.
Personne n’avait jamais aperçu ce lion mais ses rugissements du matin faisaient trembler les arbres, tomber les fruits et ne donnaient pas envie de se trouver sur son chemin.

Un matin pourtant, aucun rugissement ne retentit.
« Le lion est mort ! » hurla de joie le ver.
« Mais non, il a dû oublier de rugir ! » le rabrouèrent les autres animaux.

Seulement, matin après matin, le silence régnait sur la jungle, plus aucun rugissement ne venait le rompre.

Alors, petit à petit, les animaux commencèrent à se disperser, à s’installer sur le territoire du lion, ravis de ne plus être à l’étroit.

Au bout d’une semaine, le zèbre déboula, affolé, parmi eux : « J’ai vu la caverne du lion et il n’est pas mort ! » s’exclama-t-il.
« Comment es-tu à la fois sûr que c’est sa caverne et qu’il n’est pas mort ? » lui demanda le tamanoir.
« Il y a des empreintes fraîches de pattes de lion tout autour de cette caverne ! » expliqua le zèbre.
A ce moment-là, un grand « Oh non ! » retentit à travers la jungle, celui de tous les animaux à la fois : ils ne voulaient pas renoncer à leur nouvelle vie sur le territoire du lion !

Ils décidèrent donc de faire définitivement fuir ce lion, en lui faisant peur.

Pendant un mois et demi, ils cousirent ensemble un immense déguisement : un déguisement de lion !...

Texte

La fumée dans la ville (extrait) /// fiction
pour 9 ans et +

Texte pour enfants-La fumée dans la ville-Maureen Lasne-Huguet
Texte pour enfants-La fumée dans la ville-Maureen Lasne-Huguet
Texte pour enfants-La fumée dans la ville-Maureen Lasne-Huguet

Illustrations de Loïc Huguet

« Quelle horreur, cette fumée dans la ville !!! » s’écrie tout le monde.

C’est normal, confie Madame Margotte à l’épicier : « Madame Lysboll fait encore frire des beignets dans sa cuisine !
«
Ce n’est pas possible… se dit l’épicier, tremblant de peur. »

Puis, comme Monsieur Herzog se plaint aussi de la fumée, en entrant lui acheter des œufs, l’épicier lui explique : « Ne le répétez à personne, qu'elle ne s'en prenne pas aussi à moi, mais Madame Lysboll est un assassin ! Elle fait frire des baigneurs dans sa cuisine! »

Rentrant chez lui, Monsieur Herzog croise le facteur.
« Quelle horreur de pédaler au milieu de toute cette fumée, lui explique celui-ci, j’étouffe !
Ne vous inquiétez pas, lui répond Monsieur Herzog, ce n’est que Madame Lysboll, elle farcit des bonnets dans sa cuisine. »
Ah bon ! s’exclame le facteur. Mais quand même, quelle drôle de façon de s’occuper de son linge ! »

Puis, il repart en pédalant gaiement.
Sur son chemin, il manque d’écraser un chat portant un baluchon.
«
Ça ne va pas, lui crie le chat, faut faire attention !
Désolé, lui répond le facteur, avec toute cette fumée, je ne t’avais pas vu !
Justement, il y a trop de fumée dans cette ville, je ne suis pas rassuré, je déménage !
_ Tu peux faire demi-tour, lui rétorque le facteur avec un grand sourire : il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Madame Lysboll fait fuir des bols de lait dans sa cuisine, c’est tout ! »

Le chat fait confiance au facteur, mais, revenant sur ses pas, il pense : « Quand même, il ne peut pas y avoir de fumée sans feu ?!"

Texte

La maison du papier peint (extrait) /// fiction pour 6 ans et +

Adeline Bech-Maureen Lasne-littérature jeunesse- papier peint

Crayonnés préparatoires d'Adeline Bech

Chic, dit Maman, une boutique de papier peint vient d’ouvrir ! On va voir ?

Cling ! Cling ! Cling ! fit le carillon de la porte.

Bonjour Madame, bonjour jeune-fille, bienvenues à la Maison du papier peint, que puis-je faire pour vous ? nous demanda un monsieur à haut-de-forme, tout maigre et plein d’enthousiasme.

Eh bien, expliqua Maman, ma fille trouve les murs de sa chambre trop blancs.

Nous avons un choix É-N-O-R-M-E de papiers peints ici, précisa le monsieur, mais, avant tout, j’ai besoin de connaître vos goûts pour savoir quoi vous montrer, Mademoiselle !

Mes goûts ? m’étonnai-je, c’est que je n’y ai pas réfléchi… Euh… j’aime bien les oiseaux.

Des oiseaux ?! Parfait, j’ai ce qu’il vous faut en réserve, s’exclama le monsieur en montant à toutes blindes un escalier très étroit.

Il redescendit avec un rouleau sur le dos et le déroula sous nos yeux.

Mais où sont les oiseaux ? questionna Maman.

Ah, ils se sont envolés, lui répondit-il, gêné, mais vous pouvez encore voir leurs coups de bec et leurs empreintes dans la neige. En vérité, notre artiste n’a jamais su dessiner d’oiseaux…

C’est embêtant, avouai-je timidement, car, du coup, ce papier peint ne me plaît pas du tout. J’aimerais quelque chose de plus joyeux.

De plus joyeux ?! Pas de problème, Mademoiselle, j’ai ce qu’il vous faut, s’exclama le monsieur en remontant aussi sec son escalier.

Il rapporta un rouleau qu’il déposa devant nous.

Et voilà ! lança-t-il fièrement, comme s’il nous présentait son plus beau trophée de chasse.

Ces couleurs sont plus joyeuses, fit remarquer Maman, mais, entre nous, ce papier peint est un barbouillage infâme ! Il y a des coups de pinceaux partout et même des poils tombés de-ci de-là !

Pas plus que sur le précédent ! jugea le monsieur, le nez collé dessus.
Humm… dans les mêmes tons, je dois quand même pouvoir dénicher quelque chose de plus réussi à Mademoiselle, avisa-t-il. Ne bougez pas, je reviens de suite ! Et, il remonta son escalier à grandes enjambées.

Essoufflé, il laissa choir à nos pieds le dernier rouleau qu’il transportait.
Vous allez m’en dire des nouvelles ! nous confia-t-il.

Ce papier peint n’a pas vraiment les mêmes tons que l’autre, constata Maman, et quel motif épouvantable !

Ah bon, vous trouvez aussi, Mademoiselle ? Qu’auriez-vous souhaité à la place ? me demanda-t-il, attristé.

Texte

Le grand méchant dégoûtant (extrait) /// fiction pour 6 ans et +

Une nuit, alors que j’étais couché, j’ai entendu frapper très fort à la porte de ma chambre.
Qui cela pouvait-il bien être ?…

Derrière la porte se tenait un grand homme tout sale aux cheveux longs.
Je lui ai demandé : « Qui es-tu et que fais-tu là ? »
Il m’a répondu : « Je suis le grand méchant dégoûtant et je viens m’installer. »
J’ai grommelé : « D’accord mais fais vite, je veux dormir ! »

Le lendemain matin, en me réveillant, j’avais oublié l’existence du grand méchant dégoûtant mais, en voyant l’état de ma chambre, je m’en suis souvenu…
« Range-moi ce bazar tout de suite ! » a hurlé ma maman.
J’ai donc rangé un à un tous mes jouets pendant que le grand méchant dégoûtant faisait de la balançoire sur mon lustre, lui !
Ça m’a donné envie de lui faire la peau !

En revenant de l’école, j’ai voulu voir un dessin animé mais ma nourrice m’a dit :
« Remets vite ton manteau, on doit aller faire les courses : il n’y a plus de provisions ! »
En tournant au coin de la rue et voyant le grand méchant dégoûtant me faire signe par la fenêtre de la cuisine, j’ai eu envie de lui tordre le cou !
Je me doutais que c’était lui qui avait vidé tous les placards !

Le matin qui a suivi, je me suis réveillé avec une énorme envie de faire pipi.
Quelle horreur, en entrant dans les toilettes ! Elles étaient répugnantes et sentaient si mauvais que j’ai préféré faire demi-tour.
Dans le couloir, j’ai croisé le grand méchant dégoûtant qui sifflotait en se grattant les fesses. Il m’a dit : « Tu as vu ? Ça ne m’a pas réussi de manger tous tes goûters, ça m’a rendu sacrément malade ! »
J’ai eu envie de lui mettre une bonne raclée !

Le soir qui a suivi, j’ai entendu une musique tonitruante sortir du salon.
Je suis allé voir ce qui se passait et j’ai trouvé le grand méchant dégoûtant affalé dans le canapé, les deux pieds sur la table basse.
Il m’a dit : « Pas mal, les disques de ton père ! »
J’ai à peine eu le temps de le gronder que c’était moi qui me faisais gronder et envoyer au lit par mon papa !

Le lendemain matin, alors que j’allais prendre mon petit déjeuner, ma maman s’est exclamée : « Tu plaisantes, j’espère ! Va d’abord décoller toute la pâte à modeler que tu t’es mis dans les cheveux ! »
« Trop marrante, ma blague, hein ?! » s’est écrié le grand méchant dégoûtant en me tapant sur l’épaule.
J’ai eu envie de lui faire sa fête !

Le soir, en allant à la salle de bain, j’ai surpris le grand méchant dégoûtant en train de se coiffer les aisselles avec ma brosse à dents.
« Héla, faut pas se gêner ! » lui ai-je crié.
« Tu as raison, fiston, moi, je ne me gêne jamais ! » m’a-t-il répondu en me tendant ma brosse à dents.
Écœuré, je l’ai jetée pour ne plus avoir à m’en servir.

C’en était trop, c’était exactement ça, le problème avec le grand méchant dégoûtant : il ne se gênait jamais !

Alors, j’ai demandé conseil à mon doudou qui m’a répondu : « Ce que je vais te dire ne va pas te plaire…

Texte

La véritable histoire de Boucle d'Or et des trois ours (extrait) /// fiction pour 6 ans et +

Texte pour enfants-La véritable histoire d'Or-Maureen Lasne

Tout près de la forêt, habitait une petite fille qui avait les cheveux si blonds et si bouclés qu'on l'appelait Boucle d'Or, mais ce qu’on oublie souvent de préciser, c’est qu’elle avait un petit menton si grassouillet qu’elle aurait aussi bien pu s’appeler Cochon d’Or.

Dans la forêt, près de la maison de Boucle d'Or, vivait une famille ours.
Il y avait le grand ours, le moyen ours et le petit ours qui était si petit que, sans le faire exprès, les deux autres ours lui marchaient souvent dessus.

Même s’il pleuvait ce jour-là et parce que leur gratin de pommes de terre avait brûlé et empestait, les trois ours décidèrent de faire une petite promenade, le temps d’aérer leur maison.
Ils sortirent donc tous trois, faisant la tête et laissant derrière eux la porte entrouverte. Avec une telle odeur à l’intérieur, ils étaient bien sûrs qu’aucun voleur n’aurait envie d’y entrer !
« C’est toi qui devais surveiller la cuisson du gratin, on ne peut pas te faire confiance ! » reprochaient au petit ours les deux autres ours.
« On ne devrait pas me confier des tâches pareilles, je suis si petit que je ne peux pas voir à travers la vitre du four ! » protestait le petit ours, tandis qu’ils s’éloignaient tous dans la forêt.

Boucle d'Or, ce jour-là, avait aussi eu envie de se promener dans la forêt et, sautant à pieds joints dans les flaques d’eau sans faire attention à la direction qu’elle prenait, elle arriva près de la maison des trois ours.

N’ayant pas l’habitude de frapper aux portes mais plutôt de ne jamais s’arrêter devant, elle défonça d’un bon coup de pied la porte des trois ours, avant de réaliser que celle-ci était entrouverte.
Comme Boucle d’Or n’avait pas non plus l’habitude de se gêner et ne craignait jamais de déranger les gens, elle entra aussitôt de son pas lourd.

Ne remarquant pas l’odeur qui régnait dans la maison mais seulement les trois assiettes sur la table de la salle à manger, elle s’en approcha.
Soulevant la grande assiette, celle du grand ours, elle constata qu’il n’y avait rien à y goûter et, hors d’elle, la fracassa contre le mur.
Elle s'approcha alors de l’assiette moyenne, celle du moyen ours, et la trouva si vide qu’elle lui réserva le même sort.
Elle s'approcha enfin de la petite assiette, celle du petit ours, constata qu’elle avait été mal lavée et en lécha la surface avec délice.

Puis, elle aperçut le gratin calciné dans le four...

Texte

Le broutznok (extrait) /// fiction pour 6 ans
et +

À cette époque, sur la Terre, les gens ne s’entendaient plus et il y avait des guerres partout.

Dans les familles et à l’école, les enfants étaient insupportables et il fallait sans cesse les punir.
À la télé, il n’y avait que des publicités agaçant tout le monde, dans les rues que d’affreux panneaux d’affichage gâchant la vue.
La musique ressemblait à du bruit, la pollution rendait tout irrespirable et il n’y avait presque plus d’animaux, ni de plantes nulle part.
Chaque journée était donc un calvaire et la suivante aussi.

Pourtant, un jour, un événement inattendu se produisit : une énorme chose transparente s’approcha de la Terre et l’enroba d’un coup d’un seul !

La Terre entière en resta silencieuse.
Les guerres s’interrompirent, les enfants arrêtèrent leurs caprices, les usines suspendirent leur activité, les télés s’éteignirent, plus la moindre musique désagréable ne résonna nulle part, on démonta même les panneaux d’affichage pour pouvoir mieux surveiller cette chose surplombant chaque pays et chaque tête. Seuls les animaux et les plantes continuèrent à vivre comme si de rien n’était.

Bientôt, les gens commencèrent à s’impatienter : on ne pouvait pas rester à attendre sous cette chose sans savoir quoi faire !
Alors, chaque pays décida d’envoyer un spécialiste pour l’étudier.
Un biologiste brésilien se présenta d’abord.
« Cette chose est vivante, mais ne bouge pas ! », déclara-t-il au bout d’un an de recherches.
« Très bien, acquiescèrent les gens, mais ça ne nous dit pas si elle va bouger, ni si elle est dangereuse ! »
Puis, un ingénieur ivoirien intervint.
« Avec tous ses plis, cette chose fait un nombre incalculable de kilomètres », annonça-t-il au bout de deux ans de recherches.
« Et alors ? réagirent les gens, ça ne nous dit pas comment la déplacer, ni où la mettre ! »
Finalement, un chimiste chinois lui succéda.
« Cette chose est composée d’un matériau inconnu qui ressemble vaguement à de la chair de méduse », déclara-t-il au bout de trois ans de recherches.
« Ça commence à bien faire, s’énervèrent les gens, ça ne nous dit pas si on peut la toucher, ni comment la désintégrer à tout jamais ! »

Soudain, alors qu’année après année, la Terre entière ne se préoccupait plus que de la chose, un enfant la pointa du doigt et s’exclama :
« Regardez, la chose a une bouche et elle semble dire quelque chose tout bas ! »

Texte

La princesse aux petits boutons (extrait) /// fiction pour 4 ans et +

Texte pour enfants-La princesse aux petits boutons-Maureen Lasne

Illustrations de François Warzala

Il était une fois une princesse qui avait tout d’une princesse…
Elle avait une robe rose qui tournait.
Elle avait de longs cheveux blonds ornés d’une couronne.
Elle avait un lit à baldaquin plein de jouets et de peluches.

Pourtant, un matin, elle se réveilla avec le bout du nez qui la démangeait.
Inquiète, elle se dirigea vers son miroir pour savoir pourquoi.
Quelle ne fut pas sa surprise : deux boutons grassouillets et rouges avaient poussé
dessus !
La princesse hurla d’horreur : « Mais comment est-ce possible ? Je suis une princesse et normalement ce genre de chose ne peut pas arriver à une princesse ! »

Alors, elle fonça dans la salle de bain, escalada le lavabo pour atteindre les flacons de crème de sa mère et s’en barbouilla le visage à pleines mains.
« Avec ces crèmes, ces répugnants boutons disparaîtront ! », pensa-t-elle.
Puis, elle appela son ours en peluche et hurla : « Ferme les rideaux de ma chambre tout de suite ! Je veux me rendormir jusqu’à ce que mon visage ait retrouvé sa splendeur ! »
« D’accord, grogna l’ours en peluche, mais ce n’est pas la peine d’être si
désagréable ! »
« Tais-toi ! », cria la princesse et elle ferma les yeux pour se rendormir.
Lorsqu’elle se réveilla, son nez lui sembla si lourd que relever la tête de l’oreiller fut difficile.

Affolée, elle sauta du lit pour atteindre son miroir.
Quelle ne fut pas sa surprise : les boutons de son nez s’étaient régalés de la crème qu’elle avait tartiné dessus et étaient prêts à exploser !
« Oh non ! s’écria la princesse, pourquoi ai-je utilisé ces crèmes de malheur ?! »
« Et, en plus, elles t’ont fait la peau grasse… », ajouta sa poupée.
« C’est vrai que je brille… et qu’est-ce que je colle aussi ! », constata la princesse, en regardant de plus près son visage dans le miroir.
Puis, elle se tourna vers sa poupée. « Toi, dégage maintenant ! », lui lança-t-elle.
« Ce n’est pas la peine d’être si agressive ! », pleurnicha sa poupée.

De plus en plus énervée, la princesse se recoucha, mais, ne trouvant pas le sommeil, elle se précipita une fois de plus devant son miroir.

Texte

N'importe quoi n'importe quand (extrait) /// fiction pour 8 ans et +

N’importe quoi n’importe quand, ce n’est pas le nom d’un magasin où l’on vendrait 24h/24 des grues, des cotons tiges, des harmonicas et tout ce qu’on pourrait imaginer d’autre.
N’importe quoi n’importe quand, c’est le surnom que j’ai donné à un monsieur qui le portait bien…
Avec Monsieur n’importe quoi n’importe quand, rien n’était jamais simple, c’est-à-dire que tout était toujours compliqué, absurde ou surprenant.
Dans sa cuisine, les assiettes de tous les jours étaient rangées derrière des piles d’assiettes à huîtres et à escargots qui ne servaient jamais.
Du coup, à chaque fois qu’il voulait déjeuner, il y avait de la casse… et quelle casse !
Une dune de débris s’élevait dans sa cuisine, l’obligeant à faire de l’escalade pour pouvoir passer à table de l’autre côté.
Pourtant, il ne serait jamais venu à l’esprit de Monsieur n’importe quoi n’importe quand de ranger ses assiettes autrement.
De même, faire la lessive était une corvée interminable et périlleuse chez lui.
Traquer le linge sale, tel un chasseur traversant la jungle de son appartement, n’était déjà pas une mince affaire, mais il fallait ensuite se débattre contre ce linge pour le remettre à l’endroit, le tasser dans la machine et appuyer sur les bons boutons.
Lesquels c’étaient ? Monsieur n’importe quoi n’importe quand était bien incapable de le dire.
Pourtant, si, lessive après lessive, son linge restait sale, plus qu’à un mauvais choix de boutons, il fallait d’abord imputer ça à une absence totale de lessive : Monsieur n’importe quoi n’importe quand oubliait systématiquement d’en mettre.
Renonçant à voir disparaître un jour la moindre tache, il avait fini par laisser son linge se débrouiller seul, mais en vain : aucune de ses chaussettes n’avait jamais réussi à faire de lessive.
Quant à la toilette de Monsieur n’importe quoi n’importe quand, elle n’était pas simple non plus.
Depuis quelques mois, il ne s’échappait plus qu’un très mince filet d’eau de son pommeau de douche, alors il avait arrêté de prendre des douches complètes.
Certains jours, il se lavait les coudes, d’autres les genoux, et ainsi de suite en fonction des impératifs du moment.
Avec un peu d’entraînement, une grosse goutte lui suffisait à se rincer le front et se lisser les sourcils, ce dont il était assez fier.
Vous l’aurez compris, Monsieur n’importe quoi n’importe quand préférait largement subir les caprices de son pommeau plutôt que de s’enquiquiner à faire venir un plombier.
Certes, sa façon de vivre pouvait sembler éprouvante pour lui, mais elle l’était aussi pour son entourage !
Et d’abord pour son voisinage…

Texte

Jean, etc. (extrait) /// fiction pour 6 ans et +

Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala
Texte pour enfants-Jean, etc.-Maureen Lasne-François Warzala

Illustrations de François Warzala

Scénario roman graphique adulte

Un quart de seconde... (extrait) /// thriller

BD adulte-Un quart de seconde-Maureen Lasne-Nicolas Bègue
BD adulte-thriller psychologique-Maureen Lasne-Nicolas Bègue
BD adulte-thriller psychologique-Maureen Lasne-Nicolas Bègue

Dessins de Nicolas Bègue

Scénario bd douce amère adulte

Attraction à géométrie variable (exemple de saynète)

Saynète n°3 :

On voit un homme, la quarantaine, chez lui, gros, chauve, en pull de laine moche et survêt mou à poches. C’est une sorte de vieux garçon vivant seul avec son chien.
Il finit de prendre son petit-déjeuner à sa table de cuisine en bazar.
D’un coup, on entend son portable biper et on réalise que celui-ci est sur sa table de cuisine, au milieu du bazar.

L'homme se précipite dessus pour lire le texto qui vient d’arriver, son chien le regarde faire.

On voit le texto : "Bonjour, mon amour, tu m’as manqué."
L'homme est ravi et sourit, tandis qu’il tape une réponse : "Toi aussi, tu ne peux pas savoir à quel point !"

Toujours content, il glisse son portable dans l’une des poches de son survêt.
Il va mettre son bol et sa cuiller sales sur la pile de vaisselle sale qui stagne déjà dans son évier.
Pendant qu’il fait ça, son portable bipe une autre fois dans sa poche.

Il le sort vite pour lire le nouveau texto arrivé, son chien le regarde encore faire.

On voit le texto : "Ta peau, tes yeux, ta bouche, tes mains, tout de toi m’obsède…"

Debout devant son évier, il a l’air tout excité et tape : "Idem, je n’en dors plus
de la nuit !"

Il va s’asseoir dans son salon, dans le canapé placé devant la table basse et la télé.
Son chien le suit et se couche en boule à côté de lui dans le canapé.
L'homme pose son portable sur la table basse pour utiliser la télécommande.

Nouveau bip provenant du portable qui fait sursauter le chien assoupi.
L'homme pose la télécommande sur sa table basse pour reprendre son portable.
Le chien a encore la tête relevée pour le regarder faire.

L'homme a soudain une tête contrariée en lisant ce nouveau texto.

On lit le texto : "En bas de chez toi, je n’ai pas tenu. Ouvre-moi !"

Il regarde son chien et lui dit d’un air dépité : "Fin du rêve, on dirait..."

Toujours dépité, il tape un nouveau texto qu’on lit : "Vous faites une erreur de numéro. Nous ne nous connaissons pas. Je n’avais jamais reçu de messages d’amour de ma vie, merci."

Scénario série bd humoristique adulte

Panouille & Flibustier /// Bonne année

BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala

Dessins de François Warzala

Scénario série bd humoristique adulte

Panouille & Flibustier /// Anniversaire

BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala

Dessins de François Warzala

Scénario série bd humoristique adulte

Panouille & Flibustier /// Physiogastronomie

BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala

Dessins de François Warzala

Scénario série bd humoristique adulte

Panouille & Flibustier /// Rendez-vous

BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala

Dessins de François Warzala

Scénario série bd humoristique adulte

Panouille & Flibustier /// Liposuccion

BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala
BD humoristique-Panouille & Flibustier-Maureen Lasne-Warzala

Dessins de François Warzala

Scénario bd humoristique adulte

Le nouvel Adam (extrait) /// comédie sentimentale

BD adulte-comédie sentimentale-Le nouvel Adam-Lasne-Warzala
BD adulte-comédie sentimentale-Le nouvel Adam-Lasne-Warzala
BD adulte-comédie sentimentale-Le nouvel Adam-Lasne-Warzala

Dessins de François Warzala

bd humoristique adulte

Le nœud de Gogol

BD humoristique adulte-Le nœud de Gogol-Maureen Lasne
BD humoristique adulte-Le nœud de Gogol-Maureen Lasne

scénario bd humoristique adulte

Visite à la ferme

BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala
BD humoristique-Visite à la ferme-Maureen Lasne-François Warzala

Dessins de François Warzala

essai

Bologna Children's Book Fair 2016

La 50e édition de la Children’s Book Fair de Bologne est un grand cru.

Bologna Children's Book Fair 2016-50e édition-Maureen Lasne

essai

Les natures mortes de Chardin

Essai-Les natures mortes de Chardin-Texte de Maureen Lasne

La particularité des natures mortes de Chardin tient du fait que les choses qui y sont représentées n'y semblent ni vivantes ni mortes mais plutôt hors du monde, hors du temps, du côté de la saisie de l'essence.
Ainsi, une pomme, chez lui, saisit ce qui fait "La Pomme", l'apparence de ce fruit dans ce qu'elle peut avoir de plus générique et universel.

Tout à la fois, c'est telle pomme avec ses petites imperfections, ses singularités que Chardin nous montre.
Il en va de même pour le pâté pas tout à fait rectangulaire qu'il choisira de représenter, la brioche asymétrique, etc.

Implicitement, il nous dit que l'essence d'une chose se situe autant du côté de ce qui la différencie que du côté du dénominateur commun, de l'unicité que de l'universalité, de la fantaisie que de la norme intégrée : une pomme particulière est autant pomme par ce qui permet de l'identifier comme telle que par ce qui la différencie des autres car, au fond, la plupart des pommes ont quelque chose qui les différencie des autres, c'est dans la nature universelle des pommes que de se différencier les unes des autres !

Ainsi, les choses et créatures inanimées peintes par Chardin sont denses, presque hyperboliques, elles ont comme une double présence énigmatique liée à la figuration simultanée de leur singularité dans leur universalité ou vice versa. Ce sont des caricatures transpirant de vérité : une cerise de Chardin est presque confite d'être trop cerise... et d'autant plus délicieuse à voir !

Chaque chose, chaque créature inanimée en devient chez lui une chose-monde, chose à tiroirs tendant vers la complétude, se référant à tous les lexiques auxquels elle peut se rapporter : témoin du soleil, la pomme rougeoyante sur laquelle se reflète ensuite la teinte argentée d’une coupe en est un, tout comme le lièvre mort portant encore dans ses muscles saillants quelque chose des terres sur lesquelles il a détalé. La porcelaine fine, disant la main qui l’a peinte du bout du pinceau et annonçant déjà celle qui la saisira par l’anse délicate, en est un autre.

Ce qui fait la particularité des natures mortes de Chardin, c'est aussi cette touche feutrée et poudreuse, cette patine précieuse, cireuse de laquelle il enrobe, habille ses choses-mondes, tel un embaumeur magicien, pour les faire entrer dans son œuvre au temps et à l'espace suspendus. C'est elle qui est le ciment pictural de chaque toile, elle qui permet de faire cohabiter harmonieusement sur une même toile tant de choses-mondes sans devoir, pour assurer une cohésion d'ensemble, leur ôter leur épaisseur, les amputer de tout ou partie des évocations qu'elles contiennent.

À la manière d'un démiurge organisant une galaxie, Chardin réussit toujours à faire entrer en résonance ses choses-mondes les unes avec les autres, autant qu'avec le spectateur, aspiré malgré lui par la richesse de leur infime.

Comme écrivait Michaux dans Lointain intérieur : "Je mets une pomme sur ma table. Puis je me mets dans cette pomme !".
Il y a de ça, lorsque l'on contemple une toile de Chardin.

essai

Pina Bausch, la danse

Essai-Pina Bausch, la danse-Texte de Maureen Lasne

La danse selon Pina Bausch est une danse du tâtonnement laborieux. C'est une danse qui mime les modalités de la vie humaine, qu'il s'agisse d'événements, habitudes, interactions diverses avec un environnement, avec l’Autre, et dont le génie est de réussir à brusquer, malmener ces modalités, les renverser pour en faire émerger soudain la beauté de la condition humaine.

Toutes ces modalités sont expérimentées, "affûtées" par le danseur qui les revit sur scène comme il a pu les vivre dans la vie ou les vit pour la première fois sur scène quand il ne les a jamais connues ou évitées dans sa propre vie.

Des gestes reviennent souvent dans les chorégraphies de Pina Bausch, des gestes qui sont l'une de ses signatures stylistiques : les bras du danseur sont rappelés l’un par l’autre, se chamaillent, se saisissent l’un l’autre pour se plaquer ou diriger mutuellement vers nuque, torse, jambes ou chevelure à tirer.
Chaque bras semble tenter de rabrouer l’autre, vouloir limiter ses élans spontanés. Leur affrontement traduit la dualité de l’homme en prise avec lui-même, avec les vicissitudes de sa vie, entravé dans sa liberté, limité par un corps mais en même temps maintenu en vie et s'élançant grâce à lui. Telle est la conception de la condition humaine qu'interroge et travaille en danse Pina Bausch.

Danser pour Pina Bausch, c’est danser son être, danser de toute son humanité, et c’est sans doute beaucoup plus dur que de juste danser…
Il y a comme une question chez Pina Bausch qui serait : « Êtes-vous prêts à être, à accepter le tout de ce que vous êtes, à vous voir et montrer tel que vous êtes jusque dans les tréfonds de votre humanité pour pouvoir danser vrai ? ».

Danser pour elle, c’est donc aussi accepter vaillamment d'incarner les aspects les plus ingrats et dérangeants de l'humanité, montrer qu'ils sont consubstantiels à chacun, dès lors qu'il est humain : le ridicule, l’impuissance, la honte, l’hypocrisie, l’hystérie, l’autoritarisme, le sadisme, le masochisme, l’égocentrisme, la vieillesse, la vulgarité, la laideur, la méchanceté, la jalousie s’emparent du ressenti de celui qui les danse, mettant ainsi en branle son corps, et non l’inverse.

Le danseur de Pina Bausch fracasse ses barrières intérieures, il a été choisi pour ça, pour ce potentiel qu’elle a décelé en lui et développé avec lui.
En fonction de ce qu’elle sait pouvoir puiser en lui, elle peut aussi lui composer un rôle.

Il se fait responsable de son humanité devant la danse, comme aurait pu l'écrire Deleuze, et, tandis qu'il le fait, il a des chances d'atteindre son but, soit d'atteindre le spectateur en plein cœur.
Être bouleversé par la danse de Pina Bausch, c’est donc être bouleversé par une révélation esthétique aussi fugace, majeure, qu'inénarrable "au sujet" de la condition humaine.

Dans sa version du Sacre du Printemps, c’est en foulant la terre rouge, se souillant avec, y inscrivant leurs pas, leur souffle, leur corps, le rythme de leurs mouvements collectifs que les danseurs semblent pousser l'immanence dans ses retranchements pour la transcender.
L’énergie primaire des rituels tribaux destinés à invoquer les âmes des anciens ou les dieux se dégage de cette chorégraphie, mais c'est la convocation de l'humain par le truchement autant que par-delà son incarnation qui a lieu sur scène.

En regardant Pina Bausch danser elle-même dans Café Müller, légère et intense comme une flamme, famélique mais les muscles saillants, hiératique dans sa robe blanche, les yeux fermés, c'est un être ailleurs, en train de se rapprocher solitairement et dangereusement de sa quintessence que l'on voit, un être à la limite d'évanescence, voire disparition physique totale, et transcendance de sa condition.

D'ailleurs, si dans le film Pina de Wim Wenders, l’une des danseuses de la troupe explique qu’elle a eu du mal à accepter de danser ce même rôle à la demande de Pina Bausch, on peut se demander si ce n’est pas parce qu'elle s'interdisait de la pousser de l’autre côté de cette limite, de la tuer symboliquement pour lui succéder.

essai

Le bobo

Bourgeois postmoderne à velléités humanistes, le bobo a les moyens du bourgeois gagne-gras établi de père en fils, mais rien ne saurait éteindre la lueur gauchiste brillant dans sa pupille même les jours fériés… car le bobo est bon, qu’on se le dise : c’est presque un bonbon !

Le bobo est partout et il se fait un point d’honneur à être surtout là où on ne l’attend pas car, comme tous les bobos qui se retrouvent ensemble à faire la queue là où l’on ne les attend pas, il est unique !
Il adhère d’ailleurs de bon cœur aux slogans publicitaires et produits répondant à une stratégie d’individualisation : « be yourself ! »… Ben oui, il ne fait que ça !

A l’instar des yaourts qu’il achète, le bobo a édulcoré son héritage bourgeois de toute connotation de droite socialement négative (si possible autant à ses propres yeux qu’à ceux des autres !). Il s’est simultanément accaparé des valeurs, bien pratiques plus que mises en pratique, l'aidant à toujours bien dormir sur ses deux oreilles : il peut, sans rougir, en taper cinq au monde entier.

Le bobo a souvent du mal à avoir les actes de ses idéaux apparents (et vice versa), mais ce n’est pas bien grave puisqu’il ne s’en rend pas compte : s’il mange bio en parlant écologie dans des apparts illuminés 24/24h des toilettes aux penderies, c’est juste qu’il a besoin de voir ce qu’il a dans son assiette !
Habitué du coup de gueule qui n’a que de la gueule, il est révolté par la faim dans le monde mais, si ses propres enfants mangent cinq fruits et légumes bio par jour, sa planète mentale continue à très bien tourner.

Le bobo, fusion-être always in progress, est toujours à la croisée des chemins, le cul entre une chaise Bouroullec et un fauteuil de campagne chiné au marché, ses choix paraissent variés et originaux (et il en est fier !) mais, à y regarder de plus près, le bobo s’anticipe facilement : il est toujours en quête de ce "mieux vivre" pour lui et les siens qui lui permette de concilier à la fois ses vraies valeurs apparemment reniées et ses idéaux fallacieusement sincères, les deux allant parfois jusqu’à forniquer sauvagement pour n'engendrer chez lui que grand écart foireux ou retournement de veste intempestif.
De loin simili routard, de près Ruinart... et Max Havelaar.
La vie de bobo est donc une question de dosage permanent, un jeu d'équilibriste périlleux. Dommage car, s'il peut accepter la chute avec une indulgente condescendance chez l'autre, le bobo ne la tolère que très rarement chez lui !

Le bobo est souvent aussi un beaubo. Il est sa propre œuvre d’art sans cesse remise au goût du jour. Si la nature ne l’a pas toujours gâté, l’entretien et le style de sa personne (tendances à l’appui) lui suffiront assurément à augmenter son "potentiel séduction". Sublimer une absence de cou avec une parka the Kooples, tu parles qu'il a pris le coup !
On lui doit aussi l'art d'être toujours ébouriffé avec esbroufe car, oui, il a plus d'une corde à son archétype, mais surtout il a les Creative Directors de chez Tony & Guy qui, à 200 boules le coiffage, ne le laisseront jamais tomber !

Il n’a d’ailleurs aucun doute sur l'effet qu'il fait car le bobo tout puissant "augmenté" de son Iphone, est, grâce à Facebook, Twitter et Instagram, plus démiurge qu'acteur de sa propre vie.
Au lieu de simplement vivre, il se la raconte vraiment, abreuvant généreusement les réseaux sociaux des récits emphatiques et images idylliques de ses trépidantes aventures hebdomadaires qu'il verrait bien en kiosque !
Le bobo accorde pourtant beaucoup d’importance à l’authenticité, cette grande inconnue qui ne cesse de lui échapper, alors qu’il s'en sent le fils légitime !

Pour conclure, se retrouver face à un bobo, c’est un peu comme se retrouver face à une pub : c’est visuellement "flashy", "catchy", le discours est adaptable à toute cible, mais il sonne irrémédiablement faux : derrière le papier glacé, on ne trouve personne, alors on referme, frustré, le magazine.
Imaginaire du bobo et imaginaire de la pub ne se confondent-ils pas un peu
d’ailleurs ?… Vivement l’été et ses petits déjeuners Ricorée à l’Ile de Ré!

essai

Hôtel

Essai-Hôtel-Texte de Maureen Lasne

La réception d'un hôtel est le pronaos répartissant des intimités entre des chambres en vue d’un profit car l’hôtel est un lieu à part, une sorte d’oxymore architecturale : il est destiné à faire coïncider intimité et anonymat.

Sophie Calle, se faisant employer comme femme de chambre, essaie de profiter de cette fonction pour approcher au plus près quelque chose qu’elle pressent : le mystère de l’intersection entre intimité des clients et anonymat de l’hôtel.
Vidant le sac d’une cliente sur le lit d’une chambre pour faire l’inventaire de ce qu’il recèle, constatant la chaleur de draps à peine quittés, elle ne fait que chercher des preuves, des indices de quelque chose qui lui échappe.
Son œuvre est cette recherche, cette tentative de décryptage à partir de ce qui serait des bribes et vestiges d’intimité échoués sur fond d’anonymat, mais ces bribes ne disent rien de plus que ce qu’elles sont : objets, traces trouvés, comptés, répertoriés avec une précision presque clinique ne peuvent être qu’anecdotiques.
Elle s'y intéresse à défaut de pouvoir toucher du doigt autre chose, de pouvoir atteindre cette intersection entre anonymat et intimité dont le mystère reste entier car ailleurs : du côté de son fantasme à elle.

La femme de chambre, petit soldat de l’ombre, elle-même anonyme, passe indifféremment de chambre en chambre.
Elle a toutes les clés, des clés qui, après avoir servi à l'installation d'une intimité dans chaque chambre, deviennent, réunies ensemble sur son trousseau, destinées à l'effacement programmé et chronométré de toutes les intimités stagnant dans toutes les chambres.

Elle n’est pas un voyeur se délectant, elle n’est pas Sophie Calle dans sa quête artistico-voyeuriste d’un pourquoi ou d’un au-delà du voir, elle neutralise de façon expéditive ce qu'il y a à voir.
Elle est l’assassin effaçant méticuleusement les traces d’un crime qui n’a pas été commis, un crime qui n’est autre que la vie mais une vie dont les restes pourraient paradoxalement être vécus comme un crime par la direction de l'hôtel, autant que par la clientèle.

Son œil est une vigilance exercée, exacerbée, presque contre-nature, allant, en tout cas, à l’encontre de la nature des choses qui vont, viennent et se défont.
De l’ampoule grillée au cendrier volé, en passant par le cheveu échoué, rien ne doit lui échapper.
La femme de chambre lutte aussi contre l’entropie qui grignote les chambres petit à petit.
Elle a pour adversaires l’usure, la saleté, la casse, la disparition, signes du passage du temps ou de celui des clients.

Le paradoxe charmant de la chambre d’hôtel est de devoir illusoirement se maintenir vierge, tout en étant occupée le plus souvent possible et donc soumise à une détérioration maximale.

Elle est, en principe, toujours propre, en bon état, neutre, dans le but d’épouser l’intimité d’un nouveau client et de lui donner l’impression d’être le premier à en prendre possession, le premier à avoir le privilège d’y imprimer temporairement sa marque.

La chambre d’hôtel n’atteint jamais son objectif d'anonymat et de perfection car la femme de chambre, pressée, débordée, humaine, impuissante face à une tache indélébile, la direction avare, procrastinant ou manquant de moyens, n’atteignent jamais le leur.
Et cette impossibilité est riche pour quiconque s’y intéresse plus qu’il ne s’en offusque. Pour quiconque, comme Sophie Calle, sait en faire quelque chose, c'est une faille dans laquelle foncer tête baissée !

Combien de grands écrivains ont eu envie d’écrire dans un hôtel ? Certains y ont même loué des chambres ou appartements à l'année ou à vie.
Agatha Christie a écrit le Crime de l’Orient-Express au Pera Palas d’Istanbul.
Seule, en exil, à califourchon entre l’espace de sa chambre et l’espace d'un crime inventé de toutes pièces, l'esprit ballotant de l'un à l'autre.
Henry James, quant à lui, avait ses habitudes à l’Hôtel des Trois Couronnes de Vevey en Suisse, Hemingway les siennes au Gritti de Venise.
Marguerite Duras, comme Proust bien avant elle, était une habituée de l’Hôtel des Roches Noires en Normandie.
J'imagine que chacun avait trouvé dans sa chambre une porte dérobée ouvrant sur son imaginaire...

Mais, ces gens-là ne fréquentaient pas n'importe quels hôtels. Les grands hôtels sont des lieux à part, atypiques, des oxymores architecturales encore plus fascinantes que les autres : leurs chambres nettoyées, réparées après chaque client sont, certes, anonymes en ce sens, mais débordent, par ailleurs, de personnalité, celle très forte de l'hôtel lui-même, réussissant pourtant à s'accorder avec chaque intimité en s'imposant à elle.
Ces hôtels-ci sont comme de grands personnages un peu envahissants mais paternalistes, bienveillants qu'il est bon de fréquenter car ils apaisent, stimulent et enrichissent la vie intérieure.

Plus atteindre l'idéal d'un décor parfaitement anonyme, standardisé, aseptisé, sans imprévus ni imperfections (avec la robotisation, la détection informatique ?) sera facile, plus il faudra le fuir. Il est mortifère, incompatible avec l'écriture, l'art ou même le simple fait de ressentir ce qu’écrire ou créer peuvent vouloir dire.

Finalement, l’hôtel est une sorte de point de convergence de tous les voyages qui le traversent, une sorte de mémoire de toutes les histoires jamais racontées qui le traversent, il en garde quelque chose qui emmène chacun plus loin que son propre voyage.
Il participe de ce grand voyage qui ne s'est pas encore arrêté : celui de l’humain, autant physique qu’intellectuel.

Les trucs /// Petites vidéos humoristiques

Vidéos humoristiques-marionnettes-Les trucs-Maureen Lasne
Photo-auteur-Maureen Lasne

J'écris de la fiction pour enfants et adultes depuis plus dix ans, des livres pédagogiques maintenant aussi.

Humour et fantaisie, dimension poétique et portée philosophique alternent dans mes textes pour enfants. Développer leur imagination, leur sens du jeu, nourrir leur imaginaire, leur réflexion, les rendre curieux et indépendants, telle est la mission qui me tient à cœur !

En ce qui concerne mes textes et dialogues pour adultes (romans graphiques surtout), qu'ils appartiennent au genre du thriller, soient doux-amers ou humoristiques, décryptage des mécanismes de l'âme humaine, exploration de l'étrangeté du quotidien et suspense y sont conviés.

L'esthétique et les scénari des films des 70's, mais aussi la philosophie, la psychologie, la logique, l'occultisme et l'art sont mes sources d’inspiration favorites.

Quelques liens :
dessin-maureenlasne.com
arttextile-maureenlasne.com
warzalaworld.wordpress.com

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Le nouvel Adam (extrait) /// BD comédie sentimentale pour adultes